PORTUGAL FRANCE

L’équipe de France est en quarts de finale, où elle affrontera le Portugal de Cristiano Ronaldo. Si ce match rappelle évidemment la finale perdue de 2016, ce sera surtout un énorme choc face à l’un des favoris de la compétition.

Dire que l’équipe de France n’a pas maîtrisé son sujet face à la Belgique serait une erreur. Pour autant, dire que nous nous sommes régalés serait un mensonge. Ce fut à nouveau un match sans saveur, sans rythme et sans folie.

UNE BASE DÉFENSIVE DE TRÈS HAUT NIVEAU

« On a une solidité défensive qui est intéressante. Elle est indispensable à ce niveau même si on part de loin, que ça n’a pas été simple pour les uns et les autres. Il n’y a pas que le fait de bien défendre, il y a l’utilisation du ballon, en repartant de derrière. On a une bonne maîtrise. Je ne vais pas séparer chaque ligne mais ils font tout ce qu’il faut pour qu’on ne prenne pas de but. Après, même si on n’en a mis qu’un ce soir, ça nous suffit. » expliquait Didier Deschamps après le match. Il est clair que cette assise défensive est une très grosse satisfaction depuis le début de la compétition. Parce qu’on le sait, pour gagner l’Euro il faut avant tout être bien solide derrière, c’est une compétition qui demande beaucoup tactiquement et on voit d’ailleurs le nombre de buts diminuer de manière considérable depuis le début des phases à élimination directe. La paire Saliba – Upamecano est en train de monter en puissance au fil des matchs et a réussi à réduire au silence une attaque Belge qui manque certes d’efficacité mais pas de qualité. Lukaku est une référence dans son jeu de corps et ses déplacements, et son association avec Openda, qui sort d’une saison incroyable, aurait pu faire des étincelles. C’était sans compter sur nos Bleus, qui les ont gentiment mis dans leur poche. Agressivité, anticipation, il n’y a presque rien à redire, si ce n’est, pour Saliba, cette sortie balle au pied qui aurait pu coûter cher sans le retour exceptionnel de Théo Hernandez. Mais c’est également le signe que le défenseur des Gunners prend en confiance. Parfois un peu timide dans l’utilisation du ballon depuis le début de la compétition, il a la qualité pour apporter dans la première relance et ainsi accélérer le jeu de son équipe.

HERNANDEZ ET KOUNDE AU TOP DE LEUR FORME

Parfois brouillons, parfois inconstants, les deux latéraux français sont en train de réaliser un Euro de très grande qualité. Theo Hernandez est-il en train d’atteindre son plein potentiel ? Lui qui, notamment lors de la Coupe du Monde s’était rendu parfois coupable d’erreurs de positionnement, avec des montées pas toujours bien senties. Cette fois, il n’y a rienà dire sur ses performances qui sont monstrueuses. Auteur déjà de plusieurs retours exceptionnels dans sa surface, il se démarque par sa vitesse et sa puissance. Avec 99% de passes réussies face aux Belges, il aura été probablement moins offensif qu’à l’accoutumée. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Tout d’abord le replacement de Mbappé à gauche, qui n’a pas fait le moindre effort défensif. Deschamps le sait et a probablement demandé à son latéral d’être plus attentif défensivement. Ensuite, il y a l’utilisation que Mbappé a eu du ballon. Constamment arrêté le long de la ligne de touche, il a souvent ralenti le jeu et n’a pas permis à son partenaire de dédoubler dans la profondeur. À l’inverse, Jules Kounde a lui été très offensif, multipliant les montées et les centres. «Aujourd’hui, Koundé a été plus offensif que Hernandez. Ce sont des joueurs de haut niveau.» s’enthousiasmait DD en conférence de presse. « vous m’avez taillé (Jules Kounde) pendant 2 ans qui est homme du match. » a t-il ajouté. Le Barcelonais a effectivement réalisé un match de très haut niveau, l’un des meilleurs de sa carrière à ce poste à n’en pas douter. Et pourtant, il avait un client sur son côté. Jérémy Doku a martyrisé plus d’un défenseur depuis le début de la compétition, grâce à ses accélérations fulgurantes et ses dribbles rapides.

Kounde ne lui a jamais laissé le temps de prendre de la vitesse, son positionnement a été parfait mais ce qu’il faut mettre en avant c’est la quantité de courses réalisées. Car il ne s’est pas contenté de bien défendre, il a multiplié les aller-retours sur cette aile droite, profitant des espaces laissés par Griezmann dans son dos pour réaliser de nombreux centres. Face au Portugal il aura un autre client sur son côté. Un certain Rafael Leao. Ce sera un matchup extrêmement important car le Portugais est capable de renverser un match à lui tout seul. De par sa puissance, sa vitesse et sa technique, c’est un vrai poison pour les défenses adverses. Même s’il nous laisse un peu sur notre faim jusque-là dans cet Euro, le sous-estimer serait une énorme erreur. Mais ça, ses partenaires en club, Mike Maignan, Theo Hernandez ou Olivier Giroud, seront là pour le rappeler.

LA GUERRE DU MILIEU DE TERRAIN

La bataille du milieu de terrain sera évidemment une donnée très importante pour ce match. Entre deux équipes qui n’arrivent pas à installer un très gros rythme, le contrôle de la possession leur permet de gérer le tempo et ne pas se mettre en danger. Qui prendra la dessus sur l’autre ?

« On a cette faculté aujourd’hui de pouvoir maîtriser un peu plus nos matchs, avoir plus le ballon. Contre les Pays-Bas, c’était encore plus le cas. C’est quelque chose que j’apprécie même si ça ne fait pas gagner les matchs. Mais il vaut mieux avoir le ballon, attaquer et obliger l’adversaire à défendre. » Ainsi Didier Deschamps appuyait, après le match face à la Belgique, sur l’importance pour lui de tenir le ballon, pour ne pas subir le rythme des adversaires.

Il est vrai que depuis le début de l’Euro, les Bleus ont tendance à tenir un peu plus le ballon. Il faut dire que les difficultés offensives poussent en ce sens. Étant donné que cette équipe n’arrive plus à exploiter les phases de contre attaque, avec des combinaisons offensives quasi inexistantes, ce manque de fluidité empêche les Bleus de perforer réellement les défenses adverses. Les Bleus sont alors souvent obligés de privilégier la solution en retrait, faute de mieux. Dans l’idée, il est peut probable que Didier Deschamps ait volontairement abandonné son jeu de transitions rapides et de contre-attaque, sur lequel il s’est toujours appuyé depuis de nombreuses années. Pour en savoir un peu plus sur la force de cette nouvelle conviction de DD, il sera intéressant de voir si l’équipe de France arrive à priver le Portugal de ballon. Car les coéquipiers de CR7 basent leur jeu sur le contrôle de la possession, un point essentiel pour Roberto Martinez, issu de l’école espagnole. Avec des profils comme Palinha, Bruno Fernandes et surtout Vitinha, ils ont non seulement un milieu très équilibré, mais aussi très créatif. Vitinha est en train de réaliser un Euro exceptionnel, s’inscrivant comme l’un des meilleurs joueurs de sa sélection mais pas seulement. À l’image de ce qu’il peut faire au PSG, il bonifie tous les ballons, avec une qualité technique qui lui permet de se sortir de situations parfois compliquées et d’éliminer un ou plusieurs joueurs, par un dribble ou une passe.

Heureusement pour nous, Bruno Fernandes réalise pour le moment un Euro décevant, manquant de précision dans les 30 derniers mètres. Constamment en recherche de Cristiano Ronaldo, le manque d’efficacité de ce dernier ne l’aide pas non plus. Cependant, le Mancuniens reste un meneur de jeu extrêmement talentueux, capable de changer le cours d’un match sur un coup de patte.

COMMENT FAIRE SANS RABIOT ?

Élément essentiel depuis la Coupe du Monde au Qatar, l’absence d’Adrien Rabiot, suspendu pour accumulation de cartons jaunes est problématique. Il n’y a, à l’instant T, aucun joueur de cette équipe de France qui s’est imposé comme une option vraiment solide au poste. Camavinga, excellent au Real Madrid, n’a peut être pas bénéficié de suffisamment de temps de jeu et se montre brouillon et indiscipliné sur ses entrées. L’épisode face aux Pays-Bas, avec ses multiples glissades, a énervé Didier Deschamps au plus haut point, car il sait que ce genre de détails peuvent coûter très cher dans une telle compétition. Dans un entretien avec Adil Rami, ce dernier n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler à Camavinga sa propre glissade, en 2016, face à l’Irlande en huitièmes de l’Euro, qui avait coûté un but dès la 2e minute de jeu. Juste inacceptable pour Deschamps et l’attitude du jeune milieu de terrain de 21 ans, qui explique que : “Je joue tout le temps en crampons vissés, mais là je glissais sans cesse alors le coach m’a demandé de mettre des crampons (vissés) encore plus hauts. Mais après j’ai mal aux pieds”, n’est pas sans rappeler le pareil manque de maturité d’un certain Adrien Rabiot en 2017, qui justifiait une piètre prestation par le fait « qu’il faisait froid, je n’étais pas chaud. J’avais aussi la peur de me blesser. » Ce manque de maturité a considérablement retarder son adaptation et son intégration en Bleu, avant d’en devenir un taulier, quelques années plus tard. Camavinga suivra-t-il le même chemin ? En attendant, s’il y a fort à parier que notre sélectionneur ne changera pas un milieu de terrain par un offensif supplémentaire, Camavinga devra prouvé qu’il a sa place dans cette équipe de France.

GRIEZMANN ENCORE AILIER DROIT ?

Si Antoine Griezmann peine à retrouver sa pleine forme dans cet Euro, son positionnement en tant qu’ailier droit n’avait absolument aucun sens face à la Belgique. Cela fait maintenant de très longues saisons que Grizou n’a pas été performant à ce poste et se priver d’un véritable ailier comme Dembele ou Barcola, pour mettre Grizou en difficulté à la place n’a aucun sens. Il n’a pas réussi à peser sur la rencontre, avec une prise de risque limitée. Cramer ce joueur incroyable qu’est Griezmann, leader des Bleus lors de toutes les épopées précédentes est un manque de respect. « J’ai essayé de m’adapter et de gagner. (…) Je ne suis pas un ailier qui va faire des un-contre-un. Je suis gaucher, je suis plus un milieu, qui cherche des une-deux. Le coach m’a demandé de m’écarter, à d’autres moments de rentrer dans l’axe. Je fais mon match comme ça. Mais peu importe où je suis, je donnerai tout le temps le maximum.» s’est-il exprimé après la rencontre. Avec l’excellent Nuno Mendes côté gauche de cette défense portugaise, il y a fort à parier que DD ne changera pas ce positionnement, demandant à Grizou de soutenir Kounde défensivement, quitte à le mettre, encore une fois, en difficulté sur le plan offensif…

THURAM OU KOLO MUANI ?

En 30 minutes Kolo Muani a probablement apporté plus de choses que Thuram depuis le début de l’Euro. Pourtant on ne parle là que de Kolo Muani, que DD a sorti du placard du PSG pour le sélectionner contre toute attente, après une saison catastrophique en club. Marcus Thuram ne peut et ne doit pas être titulaire en équipe de France, il a montré qu’il n’avait tout simplement pas le niveau pour prétendre à un tel statut. Sans compter que s’il a été transparent face à la défense plus que bancale de la Belgique, que fera-t-il face aux patrons Pepe et Ruben Dias…

CR7 N’Y ARRIVE PAS

Cristiano Ronaldo est une légende, mais à bientôt 40 ans il semble pour lui bien plus compliqué de trouver le chemin des filets. Aucun but en phase de poules, c’était la première fois de sa carrière en sélection. Preuve que même lui est touché par le poids des ans… Cette situation a surtout, semble-t-il, créé une certaine frustration chez lui. On l’a vu très rapidement s’agacer et s’énerver face à la Slovénie, sur chacun de ses loupés. Et il y en a eu… entre les centres qu’il n’a jamais su reprendre de la tête, son contrôle approximatif qui ne lui permet pas de conclure un joli décalage en première mi-temps ou ses multiples coup francs envoyés en tribune, pour l’une des première fois de sa (très longue) carrière, la pression était peut être trop forte pour lui. Ce match, qui aurait pu être son dernier avec la sélection, l’a même vu fondre en larmes après avoir loupé le penalty de la victoire à la 105e minute devant un Oblak qu’il a pourtant si souvent crucifié durant sa carrière. Il peut remercier son gardien, Diogo Costa de l’avoir sauvé en arrêtant trois penaltys sur trois pendant la séance, permettant à cette légende de ne pas finir sur une note aussi catastrophique. Place au match désormais, et les Bleus ont toutes leurs chances pour s’imposer compte tenu des lacunes des Portugais dans les changements de rythme. Face à une défense aussi bien organisée, Martinez devra peut-être compter sur des profils plus créatifs et déstabilisants, comme Joao Félix par exemple. Car sans remettre en doute le talent de Bernardo Silva, son rôle, en tant qu’ailier laisse à désirer. Il prend peu de risque, tente peu de dribbles et préfère souvent repasser par l’arrière. Difficile de l’imaginer prendre le dessus sur Théo Hernandez. N’oublions pas que le vainqueur de ce match affrontera le gagnant d’Espagne – Allemagne, soit le grand favoris de la compétition. Allez les Bleus !

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