PSG – OM, le Classique

C’est le match que tout le monde attend. Celui qui enflamme les passions, qui fait vibrer la France du foot bien au-delà des supporters parisiens et marseillais. Un choc historique, un rendez-vous incontournable du championnat. Mais soyons lucides : sportivement, ce n’est plus une rivalité.

Parce qu’aujourd’hui, le PSG joue seul dans sa catégorie. Il y a Paris, et loin derrière, un championnat parallèle où Marseille, Lille, Monaco et Lyon se battent pour les miettes : une place en Ligue des champions, un ticket pour l’Europe, un semblant de prestige. À l’image d’un Tadej Pogačar en cyclisme, la vraie question n’est pas de savoir si le PSG sera champion, mais quand, et avec combien de points d’avance sur la concurrence.

Le Classico, autrefois une bataille pour le titre, est devenu un match à part, hors de contexte. Peu importe l’issue, cela ne changera rien au destin des deux clubs cette saison. Si l’OM gagne, ce sera un exploit, un moment de fierté immense pour tout un peuple. Mais cela ne résoudra pas ses problèmes structurels, cela ne lui garantira pas une place en Ligue des champions. Si l’OM perd, ce sera une défaite logique face à une équipe trop forte, trop armée, trop supérieure sur tous les plans. Le PSG est un rouleau compresseur, et Marseille n’a pas les armes pour rivaliser sur la durée.

Alors pourquoi tant d’attente autour de ce choc? Pourquoi ce frisson avant chaque PSG-OM, malgré ce déséquilibre criant ? Parce que le folklore, ça compte. Parce que ce match est une question d’honneur, de fierté, de symboles. Parce que l’OM n’a pas le droit de venir au Parc en victime expiatoire. Parce que dans une saison parfois compliquée, ce genre de rendez-vous peut offrir un moment de communion, un instant d’éternité.

C’est pour ça que l’OM doit faire front. Exister. Résister. Et qui sait, peut-être même ramener quelque chose de ce déplacement. Parce que sur 90 minutes, tout est possible. L’OM ne joue pas ce match pour le classement, ni pour changer le cours de sa saison. Il joue pour son peuple, pour l’histoire, pour ce blason qui représente bien plus qu’un club de football.

Mais soyons clairs : ce PSG-là est trop fort. Sur le papier, il n’y a pas photo. Individuellement, collectivement, physiquement, techniquement, Paris écrase la Ligue 1. L’OM devra se sublimer, jouer le match parfait, s’accrocher au moindre détail. L’espoir ? Un exploit, un grain de folie, une étincelle. Parce que si l’OM ne peut plus lutter avec Paris sur la durée, il peut encore, l’espace d’un soir, défier l’ordre établi.

Mais ne faut pas se tromper d’enjeu. Gagner ce match ne sauvera pas la saison de l’OM. Cela ne fera pas disparaître les lacunes du club, cela ne réglera pas les problèmes structurels qui empêchent Marseille d’être un vrai rival du PSG sur le long terme. Mais ce serait un moment de gloire. Un soir où l’OM rappellerait à tout le monde qu’il est unique, qu’il est capable de renverser des montagnes, qu’il est ce club imprévisible qui ne meurt jamais.

Alors, Paris est trop fort ? Oui. L’OM n’a que peu de chances ? Oui. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Parce qu’un Classico ne se joue pas, il se gagne. Parce que dans un Parc des Princes prêt à les écraser, les Olympiens n’auront qu’une seule mission : survivre.

À BOUT DE SOUFFLE

Si l’OM du début de saison aurait pu espérer quelque chose face à Paris, cet OM-là n’en a plus les moyens. Depuis l’hiver, les cadres ne répondent plus présent, la dynamique s’est essoufflée et les certitudes ont laissé place aux doutes. Ce qui aurait pu être un vrai duel il y a quelques mois ressemble aujourd’hui à un déséquilibre total.

Le symbole de ce déclin, c’est bien sûr Mason Greenwood. Éblouissant à ses débuts sous le maillot olympien, il était ce joueur capable de faire basculer un match, d’éliminer un adversaire sur un dribble, de distribuer des caviars, de marquer dans les moments clés. On avait trouvé le leader technique de cette équipe, celui qui pouvait faire lever le Vélodrome. Et puis, au fil des semaines, la lumière s’est éteinte. Greenwood est moins percutant, moins tranchant, moins décisif. Il n’est plus que l’ombre du joueur qui faisait peur à n’importe quel défenseur en début de saison. Et aujourd’hui, est-il encore un titulaire indiscutable ? Pas sûr.

Contre Paris, c’est le genre de match où un grand joueur doit répondre présent. Où l’on attend un exploit, une prise de responsabilités, un geste de classe qui sublime les autres. Greenwood doit se réveiller, montrer qu’il est encore ce joueur capable d’éclairer l’attaque olympienne. S’il disparaît encore, alors l’OM n’aura aucune chance.

Si offensivement Greenwood pose question, défensivement, je serai moins dur. Valentin Rongier et Geoffrey Kondogbia doivent dépanner à des postes qui ne sont pas les leurs, et dans ces conditions, difficile de leur en vouloir complètement. Mais soyons honnêtes : depuis décembre, l’OM souffre beaucoup plus sur le plan défensif. Ce n’est pas qu’une question de joueurs hors de position, c’est une dynamique d’ensemble qui s’est effritée.

L’équipe est moins agressive, moins bien organisée, moins solide. Ce qui faisait sa force en début de saison – un bloc compact, une solidarité sans faille – semble aujourd’hui plus fragile. Et face à un PSG version Luis Enrique, c’est très dangereux. Parce que ce Paris-là, c’est un PSG en contrôle, dominateur, qui étouffe son adversaire sans s’affoler. Une équipe patiente, intelligente, qui joue pour l’usure et la maîtrise.

Si l’OM veut exister dans ce Classique, il faudra retrouver l’intensité, la rage, la cohésion. Il faudra un sursaut, une révolte collective, un exploit individuel. Parce que si l’OM subit le jeu, si l’OM laisse Paris imposer son rythme, alors le match sera plié avant même d’avoir commencé.

UN DUEL TACTIQUE

Ce PSG-OM, c’est aussi un jeu d’échecs entre deux entraîneurs. Mais soyons clairs : Luis Enrique ne se cassera pas la tête autant que Roberto De Zerbi. Pourquoi ? Parce que Paris ne va rien changer à sa formule magique. L’équipe est en pleine maîtrise, le système est rodé, et surtout, il fonctionne contre absolument tout le monde en Ligue 1.

Bien sûr, il y aura peut-être quelques rotations dans les hommes, mais le schéma restera le même. On retrouvera une défense à quatre, avec des latéraux qui viendront créer du surnombre offensif, obligeant Marseille à faire des choix défensifs impossibles. Au milieu, Neves et Vitinha auront pour mission de contrôler le jeu, imposer le tempo et étouffer l’adversaire, avant de mettre en orbite une ligne d’attaque injouable.

Et quelle attaque… Barcola, Dembélé, Kvara ou Doué. Ça va vite, ça dribble, ça frappe, ça marque. Et comme si ça ne suffisait pas, ils ont les milieux en soutien ou en pointe selon les phases de jeu. Vous avez compris l’idée : c’est injouable. Cette armada offensive peut déchirer n’importe quelle défense en Ligue 1, et même bien au-delà.

Mais alors, que peut faire Roberto De Zerbi ? Lui qui aime que son équipe ait le ballon, qui prône une philosophie de jeu où la possession est une arme, va devoir revoir totalement son approche. Parce que face à Paris, il ne l’aura pas, ce ballon.

Contre Lens, l’OM a eu 76% de possession… pour ne quasiment rien en faire. Alors comment exister sans la balle, quand déjà avec, Marseille peine à être dangereux ? C’est le casse-tête absolu pour De Zerbi.

Son instinct voudrait qu’il impose un bloc haut, une pression intense pour récupérer vite et se projeter. Mais ce serait presque du suicide face à ce PSG-là. Parce que le milieu parisien est trop technique, trop propre, trop intelligent pour se laisser étouffer. À la moindre erreur, Dembélé partira dans la profondeur, Barcola mettra un coup d’accélérateur, et l’OM explosera.

Mais Marseille peut-il jouer autrement ? Peut-il défendre bas, attendre, subir, et jouer en contre ? Ce n’est pas dans l’ADN de De Zerbi. Mais il n’aura pas le choix. Il devra adapter son équipe à une réalité simple : face à Paris, l’OM ne dictera pas le tempo.

La vérité, c’est que Luis Enrique passera une soirée paisible avant le match. Son système fonctionne, son équipe est trop forte, il n’a pas besoin de s’adapter à Marseille.

De Zerbi, lui, peut préparer le thermos de café, parce que ses nuits risquent d’être courtes. Il va devoir réinventer son OM, trouver une solution pour que son équipe existe dans ce match, sans se faire écraser. L’équation est diabolique, l’OM n’a pas les armes pour imposer son football… mais il devra trouver un moyen de résister.

Parce que si l’OM joue ce match comme il a joué contre Lens, contre Nice ou contre Auxerre… ça risque de faire très mal.

ÊTRE LUCIDE

Il y a deux catégories de journalistes dans ce genre d’événements. Ceux qui vivent dans le monde des bisounours, qui vendent plus de rêve qu’un marchand de tapis… Et puis ceux qui tentent d’éclairer avec lucidité. Je ne vais pas vous mentir amis du Sud.

Je le sais, mon analyse ne fait pas rêver les supporters marseillais. Mais il ne s’agit pas de noircir le tableau pour le plaisir, seulement de voir la réalité en face. Tout le monde aimerait que l’OM, ou une autre équipe, joue à armes égales avec le PSG. Pour le suspense, pour la beauté du championnat, pour que la Ligue 1 soit plus qu’un monologue parisien. Mais ce n’est pas le cas.

Marseille est un beau second du championnat, une équipe ambitieuse qui, je l’espère, ira chercher une place en Ligue des Champions. Mais ce Classique doit être pris pour ce qu’il est réellement. Il ne faut pas se voiler la face.

Pour l’OM, c’est une opportunité magnifique, une chance d’exister sous les projecteurs, de s’offrir un match de gala pour l’honneur et la fierté. Si Marseille gagne, ce sera une soirée historique, un moment à savourer. Mais ça ne changera rien à la donne.

Pour Paris, ce n’est qu’une simple étape sur le chemin du titre. Une formalité dans une saison où le seul vrai enjeu était encore en Ligue des Champions. Le PSG ne regarde pas autour de lui en Ligue 1. Il avance, imperturbable.

C’est ainsi. Ce Classico aura toujours une saveur particulière, mais sportivement, il n’y a plus vraiment de combat. L’OM devra faire un exploit, Paris ne fera que dérouler sa logique. Le verdict tombera sur le terrain, mais les rapports de force sont déjà écrits.

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